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UNE RETRAITE À JHAMTSE GATSAL


" Pour aller de l'avant, il faut prendre du recul.  Car prendre du recul, c'est prendre de l’élan. ”     

— MC Solaar



LA GENESE

Trois ans se sont écoulées depuis Losar 2021.


En février 2021, la rencontre avec la direction américaine de JHAMTSE GATSAL* me convainc de fonder rapidement une nouvelle association.

ELOVUTION**, sistership de Couleurs du Coeur est née dès le 07 avril 2021.

Son histoire est présentée ici: https://www.elovution.org/about?lang=fr


Ces trois ans d’échanges co-créatifs réguliers avec le conseil d'administration de JHAMTSE GATSAL permettent d’envisager la meilleure façon de promouvoir les bénéfices de l’Art au sein de la Communauté, vision appuyée sur mon expérience d’accompagnement post-traumatique en Art-thérapie, de formatrice et mon engagement quotidien d’artiste et méditante.

Avec M. Lobsang Phuntsok (GenLa), fondateur de la Communauté de Jhamtse Gatsal lors d'une réunion à Talloires (74), France, été 23.

Photo © Wanchoo, 2023


De cette collaboration nait une solide amitié; mon respect pour l’ONG américaine et le travail accompli à la Communauté ne cesse de s’approfondir.


Cette dernière, située dans une zone extrêmement reculée aux confins de l’Inde orientale, du Bhoutan et de l’ancien Tibet, est un endroit sensible et vulnérable. Ses portes restent closes durant les délicates années Covid.



Indescriptible est ma joie, lorsque fin 2023, le conseil d'administration américain me propose de mettre en place un “Voyage de Reconnaissance”.


Premier chapitre d'une proposition globale, ce déplacement “initiatique” ambitionne de me permettre d’appréhender précisément les spécificités ethnoculturelles du lieu, les besoins de équipes et des enfants en vue de pouvoir écrire un programme de formation à “l'Art comme voie de Résilience” de façon la plus adaptée.

Présenter ma pratique art-thérapeutique est bien-sûr au cœur du dispositif.


Trois années de travail et d’élaboration diligents prennent enfin forme dans la réalité. Visas, vols, collecte de fonds, achat de matériel, organisation logistique… tout va très vite, porté par mon enthousiasme illimité, la générosité des amis et des parrains d’ELOVUTION.





Avec les membres du Conseil d'Administration de Jhamtse Gatsal.

Annecy (74), France, été 2023 | Photo © Jhamtse




 

LA DECONSTRUCTION

?

Tout est à peu près calé. Me semble-t-il…


J’attribue les angles morts à la rencontres des biais culturels français, américain et tibétain et à mon travers naturel de toujours vouloir comprendre et anticiper. Mais à l’approche du départ, l’inconfort de cette dynamique nébuleuse, renforcé par mon souci de perfectionnisme, se meut en ferme inquiétude.


J - 12: j’insiste auprès de la direction américaine pour avoir confirmation du planning des ateliers, et ajuster la quantité de matériel à emporter.


Tombe la réponse: “Caroline, rien ne sera organisé avant que nous ne soyons sur place. Rien ne peut t’être confirmé. Cela adviendra. Ou pas.”


Le projet s’effondre sur lui-même: trois ans de travail ramenés à un point d’interrogation.


Mille remises en questions se disputent l’avant scène de mes pensées durant dix nuits, dix jours.

Dois-je annuler, rembourser la levée des fonds privés, reporter, allouer le budget à un autre projet pour une ONG demandeuse au Népal…? Où ai-je failli?


Knocked-out. Je ne parle de rien à personne.



Quarante-huit heures avant le départ, malgré la perte de sens, le coût et l’effort, je décide finalement de partir mais mon cœur ne bat plus. Immense déception et résignation, voilà ce qui pèse le plus lourd dans mes bagages.




 

LE NON-SAVOIR

"Abandonner les idées fixes sur vous-même, les autres et l'univers."


“ Le non-savoir ”, tel est le premier des trois slogans* (ou principes) de ZEN PEACEMAKERS INTERNATIONAL (Z.P.I.). mouvement d'origine américaine dont je fais partie et auquel est aujourd’hui affilié ELOVUTION **


Fervente admiratrice de Bernie Glassman, fondateur de Z.P.I. dont le travail dans l'action sociale bouddhiste inspire quotidiennement mon appel à servir le monde, je contemple ce "non-savoir" dans l'urgence du départ.


Ne pas savoir donc, abandonner toute attente... et des aspirations, j’en ai beaucoup: à commencer par présenter les bienfaits de l'Art aux équipes, échanger avec elles et proposer des ateliers aux adultes comme aux enfants.


Répéter des pas de recul, désactiver mes rêves... je travaille ainsi à débarrasser mon esprit de ses fixations en commençant par mettre de côté mon projet; cette posture est devenue le seul passeport valide vers une expérience entière, ouverte et créative.

Au terme des quatre jours de voyage qui séparent Saint-Malo de Tawang, ma disposition d'esprit est libérée du noeud coulant du fiasco attendu. Le roman de ma frustration cède la place à un chapitre blanc et je suis devenue curieuse de le voir s'écrire sans plus de plan, ni de sommaire.


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*Les 3 principes ou slogans des ZEN PEACEMAKERS: https://zenpeacemakers.org/the-three-tenets/?lang=fr

**ZEN PEACEMAKERS aime ELOVUTION: https://zenpeacemakers.org/projects/elovution/




— LAISSER FAIRE


JHAMTSE GATSAL développe une section de formation à l’Accueil et l’Hébergement. C’est un prolongement pratique de tout l’amour et la bienveillance que manifeste la Communauté à l’égard de chacun de ses résidents, et de ses invités en particulier, au quotidien.


Notre arrivée est bouleversante, marquée par l'accueil chaleureux de GenLa*, la danse des Lions des Neiges et le tintinnabule adorable de petites voix d'enfants offrant des “Tashi Delek” par centaines.

Tout de suite, je dois apprendre à me laisser servir, ce qui revient à entrer dans un espace totalement nouveau et inconnu. Il s’agit d’accepter que l’on prenne soin de moi, absolument, sans pouvoir engager d’échange: pas question de me lever pour rapporter une fourchette sale à la cuisine ou ramener la thermos d’eau filtrée à ma chambre. On le fait pour moi, le cœur grand ouvert et souriant.

Cela réactive immédiatement le sentiment d'impuissance général que j'ai essayé de mettre de côté: celui de ne pouvoir aider, interagir, m'inscrire dans le mouvement du mandala, (... et en particulier dessiner avec les enfants).


Mes aspirations se cristallisent à nouveau, revitalisant l'inconfort né de l'abandon du familier (servir et non l'inverse).


Une nuit — glaciale — a cependant raison de mes résistances.



À la troisième aube, je me réveille tremblante de froid et immédiatement envahie d'une infinie gratitude à la vue de l'eau chaude discrètement déposée, la vieille, sur la table de ma chambre. Je regarde longtemps les reflets que le soleil bas fait danser sur l’inox, avant de me préparer un thé noir, avec la même attention méditative que pour une cérémonie Japonaise.


La Communauté n’est pas encore réveillée et mes besoins ont été anticipés, avec tout la bienveillance possible de petites mains au service, pour que je me sente bien et pleinement accueillie.


A la cuisine, veillent les fées qui ont pris les plus grandes précautions

pour me protéger d'une allergie sévère. | Photo © Maby, 2024


Les énergies d’amour, de compassion et de joie des êtres qui habitent JHAMTSE apaisent spontanément les blessures de l’âme. La guérison y advient par l’ ”indevenir”, combinaison de “dés-apprendre” et de “déconstruire” les mécaniques limitantes, les préconceptions mentales égotiques (ou plus simplement en anglais: “Unbecoming heals”).


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*M. Gen Lobsang Phuntsok La est le fondateur de la Communauté: https://jhamtsegatsal.org/about-us/lobsangphuntsok




— ENTRAINER SON ESPRIT


Mon corps se réjouit des miracles de la cuisine, mes émotions s'accordent à la bienveillance aimante qui irradie en tout point à la Communauté. Je découvre que serons aussi nourris intellectuellement dans le cadre d’une retraite Bouddhiste tout à fait formelle: GenLa offre sur site, cinq jours d’enseignement à ses équipes et ses invités occidentaux sur le célèbre texte du Maître Tibétain Langri Tangpa.

De ce que je connais des “ Huit Versets de l’Entrainement de l’Esprit”, je dois aussi tout oublier.


Si l'entier système — ou écologie — de JHAMTSE GATSAL est inspiré de la Nature, cet écrit classique en est un autre pilier fondateur. Je l'ai déjà étudié, ailleurs et suivant une approche très traditionnelle.

Genla le revisite ici avec une modernité folle et beaucoup d'humour.


Ce voyage en huit étapes, illustré de paraboles visuelles et mnémotechniques me permettent de comprendre véritablement les dynamiques en jeu dans le paradigme unique qu'est JHAMTSE.


Embrasser Pratītyasamutpāda, l'humilité et la gratitude, Tonglen, les Quatre incommensurables et l'Action aimante... GenLa remet les concepts de ce Lojong* dans des perspectives sociale, économique, entrepreneuriale, artistique et écologique très actuelles.

Ils deviennent des propositions de pratiques concrètes et résolument contemporaines pour le bien de tous les êtres, à commencer par nos proches et nous-même au quotidien.


M. Lobsang Phuntsok, enseignant | Photo © Maby, 2024



Au-delà, cette relecture des Huit Versets proposée par Genla m'apparait être un manifeste profondément inspirant pour "transposer" JHAMTSE dans nos propres systèmes... pour ma part occidental, Français, Breton, Malouin, et plus précisément pour ce qui concerne la vision future d'ELOVUTION et le sens de ma pratique d'Atelier.


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*Lojong: Entrainement de l'esprit en Tibétain




 

PORTER TÉMOIGNAGE

"... Témoignage à la joie et à la souffrance du monde" (deuxième principe de ZEN PEACEMAKERS).




— HOLI PUJA*


Pleine lune de mars, la nuit tombe tôt sur les confins de l’Himalaya. Un grand feu crépite dans la cour et les enfants emmitouflés se rassemblent, souriants. Tous, adultes, nous nous synchronisons aux battements heureux et brûlants de leurs cœurs palpitants.

Je reconnais de très loin le petit Tenzin que je parraine depuis son arrivée à JHAMTSE GATSAL. Une aura de lumière pure le protège de la nuit.


Tandis que je m’accroupis auprès de lui, il me demande: « Are you my sponsor? »**.

Il ne m’a jamais vue. Il sait, j’ignore comment. Peut-être mon visage désarmé et mon sourire irrépressible devant tant d’ingénuité et de grâce mêlées.


Il me prend par la main avec son petit copain Lumto et nous allons danser autour du feu.



Lumto est à gauche, Tenzin à droite | Photo © Maby 2024


J’ai sept ans. Nous courrons autour du brasier en y jetant quelques grains de riz auxquels nous avons chuchoté nos vœux. Il y a dans cette ronde souriante l'empreinte de solennité que porte tout rituel. Chacun y met du sens, et c'est en même temps une fête que nous sommes éblouis de partager ensemble.

Pour y porter témoignage, nous laissons mutuellement la trace de pigments sur des visages amis… Les petits doigts de Tenzin rayent mon front de curcuma. Happy Holi! État de joie pure.


Tenzin est un petit ange léger et grave à la fois.

Ce petit garçon a souffert avant d’arriver ici. Un voile de maturité marque en filigrane son regard, loin, tout au fond, derrière toute la brillance que son intelligence imprime. C’est lui qui m’enseigne la sagesse du monde que connait son âme ancienne, la juste distance, l’inconditionnalité de l’amour, la joie et le respect.


Dès lors, chaque fois qu'il m'apercevra, il courra vers moi pour ne plus lâcher ma main tant que le maître ou son Amala*** ne lui aura pas rappelé une seconde ou troisième fois son retard.


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*Holi, Festival des Couleurs, est une importante fête hindoue populaire célébrant l'arrivée du printemps en Inde et au Népal, la fin de l'hiver et l'épanouissement de l'amour.

** " Es-tu ma marraine? "

***Amala: Maman d'une des quatre Maisons de la Communauté. Chaque Amala s'occupe de vingt-deux enfants.



— PETIT BODHISATTVA


Je n’ai pas d’enfant. Par choix. Je veux dire pas d’enfant naturel — mais je me sens un peu Maman des petits et des ados que j’ai accompagnés avec l’art-thérapie par le dessin pendant des années… à Haïti, au Sri Lanka, en France dans les Maisons d’enfants.


Rencontrer Tenzin est tout autre chose.

Avant cet événement, je n’avais pas investi d'une once d’affect la dynamique de parrainage dans laquelle je me suis engagée. Elle se résumait à un virement mensuel vers une ONG qui a toute ma confiance.

Point.

Que ces dons puissent soutenir l’éducation de petits enfants défavorisés et me préserver de gâter leur évolution par des interactions occidentales inappropriées, c'était très bien comme cela.

Rester loin, garder cela abstrait, tel était le postulat inspiré par un souci de protection mutuelle.


Tenzin au centre, entouré des enfants le soir de Holi,

la fête célébrant l'Équinoxe | Photo © Maby


Et puis apparait Tenzin, si incarné, si vivant et si sage en même temps. Comme une sorte de reconnaissance karmique, un coup de foudre instantané à la lueur du feu de Holi. D'âme à âme.

Nous sommes bien ensemble, sans nous parler, main dans la main et le cœur grand ouvert.


À aucun moment, je ne me sens devenir sa marraine, encore moins un de ses protecteurs.


Il n'en a pas besoin.


Petit Bodhisattva conscient et délicat, si élégant du haut de ses sept ans, il est mon premier guide en ces terres Himalayennes, lui qui m’enseigne comment y être digne, digne de la lignée bouddhiste tibétaine qui m'a amenée jusque là.


Tenzin me montre comment redevenir pleinement libre, présente et réceptive — cela juste par son état d'être, la qualité de sa présence.


Et il continue de m'inspirer chaque jour depuis mon retour en France.






Tenzin médite avant de dessiner. | Photo © Maby 2024





— COMME L'OISEAU


Ce dimanche après-midi frais et gris, la montagne embrumée est majestueuse et mystique vue du plateau où se rassemblent les enfants.


Après deux heures de "balle au prisonnier" avec les plus grands, je rejoins cinq petits garçons qui jouent à la marelle. Tenzin me guide et me choisit avec soin le cailloux idéal, celui qui volera avec précision et ne ripera pas à l’atterrissage. Il agrandit aussi avec attention les cases dessinées à la mesure des petits pieds nus et dans lesquelles mes grosses Doc Martens ne rentrent pas.

Qu'ils sautillent vite ces petits oiseaux habiles!


En retrouvant les enfants, je me vois scanner en un éclair tous mes souvenirs de marelles dans la cour de l’école primaire, pour me rassurer, me planquer, espérer les épater aussi… au lieu d'accepter de ne plus rien savoir et simplement me laisser apprendre par ces petits maîtres enthousiastes et blagueurs.





Tenzin et ses petits amis jouent à la marelle.

Photo © Maby



Alors que c'est à nouveau mon tour et que je suis restée coincée au troisième carré, ils m’invitent à lancer directement mon cailloux-fusée sur le huitième. Je crois qu’ils me font une faveur, conscients de mon manque de pratique comme d’agilité. Ainsi, chaque fois que mon tour revient, ils me font sauter des étapes et j’interprète cela comme beaucoup de bienveillance envers les étrangers maladroits. Je m’applique encore pour ne pas être trop ridicule, ni trop vieille, ni trop lente, ni trop…, ni pas assez… moi, moi ! Et eux ils jubilent et explosent de joie dès que mon cailloux magique me permet de progresser.


C’est seulement là je comprends que nous avançons par équipe. À trois contre trois!

Ma crispation sur des mémoires d'expériences de gamine européenne m'ont empêchée d'être pleinement présente et me laisser porter par l'esprit d'équipe.


Et voilà! C’est bien cela JHAMTSE: déposer ses armes en même temps que sa vision égocentrée, individualiste, jugeante et compétitive pour embrasser l’altérité — tel quel — et progresser ensemble, main dans la main en se réjouissant des efforts et des progrès de l’autre qui contribuent au succès de tous.


Devant cette simple marelle, les enfants me donnent une leçon d’humilité, de patience, d’ouverture et de générosité. Et mon corps se détend et mes rangers se mettent à voler: ils m’offrent la légèreté de l'oiseau.




 

L'ACTION AIMANTE

"Prendre part découle des deux précédents principes: ne pas savoir et de témoigner" (Troisième principe de ZEN PEACEMAKERS).


Et le ciel s'ouvre.

Par magie presque, le programme d'ateliers se construit en un clin d’œil — grâce à l'écoute et la coordination intelligentes des services administratifs et éducatifs.

Cela advient alors que je me rends à ma "capacité à être spacieuse", pleinement présente aux phénomènes sans désir de contrôle.

Aurais-je reçu la confirmation de cette aboutissement comme je l'avais demandé avant de partir, cela ne se serait pas mieux déroulé. Bien au contraire. Le programme n'aurait pas été ajusté aux conditions.

Délestée du plan, la proposition se déploie d'une façon organique et parfaitement adaptée.


Aussi puis-je travailler au-delà de tout ce que j'avais imaginé, avec un esprit neuf et présent, respectueux du paradigme de JHAMTSE. Tous les enfants participent à un atelier mais aussi, des professeurs, des membres Américains du conseil d'administration, de l'équipe administrative, de la cuisine et la maintenance.


Une image vaut mille mots...



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Pour découvrir un album photos plus complet sur la page Facebook de ELOVUTION: https://www.facebook.com/media/set/?set=a.328583603149996&type=3


 

LA VAGUE

Personne ne m'a jeté ces émotions — couleurs arc-en-ciel ou plus sombres — au cœur, au corps ou à l'esprit. Je les ai saisies, observées, triturées... avec, à défaut de sagesse, un effort d'honnêteté. L'inconfort, la surprise et tous les ressentis suscités par la plongée extraordinaire à la Communauté m'ont rapidement fait perdre mon centre... emportée par une suite de vagues enveloppantes et assez puissantes pour me faire perdre pied.

C'était la condition nécessaire pour demeurer sans fard dans le Non-savoir et pouvoir Porter témoignage avec la plus grande authenticité.


À moi aujourd'hui d'ajouter une perle au filet d'Indra et la laisser refléter l'enseignement unique de cette expérience holistique et profondément transformatrice.



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EPILOGUE

Majnu Ka Tilla, New Delhi - Avril 2024

J'ai une tendance à chuter — au sens propre comme figuré — qui est anormalement élevée. Le médecine m'en donne une explication neurologique... et j'en ai une autre de nature plus spirituelle.


Sur le long chemin de retour vers la Bretagne, en transit à New Delhi, je visite Majnu Ka Tilla, le quartier des réfugiés Tibétains afin de prolonger ma connexion avec "the Spirit of Tibet". Dès qu’un touriste passe un pied hors du portail marquant la zone, les chauffeurs de tuk-tuk les prennent d’assaut et proposent leur course cinq fois le prix.

En s’éloignant un peu, l’accalmie revient et les plus assidus des pilotes qui ont gentiment pistés les visiteurs reviennent à la charge avec des prix appropriés. 40 C, peu encline à la chaleur, je présente mon adresse sur le téléphone. Un chauffeur acquiesce: l’affaire est faite.


Engagés sur la route à huit voies entre camions et voitures dont les klaxons sont coincés, mon pronostic vital me parait clairement engagé et je me concentre à estimer si le prochain frôlement sera fatal ou non. Je ne porte pas attention au chemin emprunté, bien que beaucoup plus long qu'à l'aller. Une connaissance du chauffeur s’incruste pendant quelques kilomètres et ce cheval de vent s’arrête finalement… je ne sais où, devant une station de métro que les compères me présentent être LA favorite des touristes. Je devrais y aller m’encouragent-ils. « Go, go! »


Je suis paumée, sans carte, ni GSM, je fulmine. Le chauffeur ne savait de toute évidence pas lire les caractères occidentaux et a suivi ce que lui a soufflé son expérience. Je pars en pestant tout haut et me vois en simultané de l’extérieur, l'affreuse aura rouge, les palpitations dans les tempes, la perte d’alignement, la peur de manquer l’avion, de me perdre plus encore… Je vois aussi clairement ma condescendance et mon égocentrisme. Quelle considération ai-je pour leur intention de bien faire dans l’espace de leurs compétences ? Je suis claire avec le paradigme. N’empêche, je suis en colère, j’ai chaud, je suis perdue, je, je, je… et j’avance sans aucune conscience vers une direction inconnue.


Je fais vingt pas et je tombe de tout mon long, à plat dans la poussière, poignets et genoux sont tuméfiés, mes vêtements, mon visage sont couverts de boue et de sang, dont je peux encore aujourd'hui décrire précisément le goût du mélange.


Cette chute m'apparait immédiatement comme un coup magistral de Kyōsaku céleste.


J'éclate de rire.


J'éclate de rire et remercie les guides.

Je remercie GenLa. Je remercie Mark, Rashmi, Selena, Sandy, Tenzin, Purbali, Ashish et les enseignants. Je remercie les équipes, je remercie les enfants. Je remercie la Nature, les éléments et leurs esprits. Je remercie la Culture Tibétaine, je remercie les Monpas. Je remercie toute la lignée, ses protecteurs et les dakinis. Je remercie la Vie.


Et très fort encore à distance, je serre sur mon coeur ému Tenzin, petit Bodhisattva.







White Tara veille sur la vallée.

Photo © Maby prise depuis la Communauté le matin du départ



 

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